Peut-on être à la fois gothique et baroque ?
Expressionniste et romantique ?
Spectaculaire et intimiste ?
En 1991, Francis Ford Coppola a réussi ces alliances en créant l'un des meilleurs films de vampires :
Bram Stoker's Dracula
Gothique
dans ses décors et son ambiance,
Baroque
dans l'inventivité débridée de sa mise en scène,
la version Coppola du mythe littéraire
se révèle à la fois hommage
aux précédentes versions,
et relecture totalement renouvelée.
Dans la lignée de Nosferatu ou du Vampyr de Dreyer,
Coppola prend le parti-pris de faire de Dracula
un héros romantique,
amoureux éternel de sa défunte épouse,
séducteur raffiné,
esthète buveur de sang.
Londres du XiXème,
décors de livres d'images,
le conte horrifique
devient l'histoire d'amour impossible
du guerrier maudit,
Gary Oldman,
et de la réincarnation moderne de son défunt amour,
en la délicate personne de Winona Ryder,
qui offre au personnage de Mina
sa beauté
et sa délicatesse,
mais aussi sa sensualité.
Un registre érotique
Dracula n'est pas le séducteur de ces dames,
il est plutôt l'incarnation charnelle de l'éternel désir féminin,
à l'opposé de la fadeur niaise des autres personnages masculins contemporains.
Mina va ainsi se révéler au contact du Prince et devenir femme,
fascinée par son romantisme suranné et érotique,
dans un monde devenu matérialiste.
Du côté des forces du bien,
aux côtés d'un Keanu Reeves en jeune premier dépassé par les évènements,
Van Helsing reçoit ici la composition inspirée et flamboyante d'Anthony Hopkins,
qui apporte sa démesure et son sens du burlesque au personnage.